cartouche sacré coeur

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samedi 30 juillet 2016

CONSÉCRATION DU GENRE HUMAIN AU SACRE-CŒUR DU CHRIST-ROI


CONSÉCRATION DU GENRE HUMAIN
AU SACRE-CŒUR DU CHRIST-ROI
 
            Très doux Jésus, Rédempteur du genre humain, jetez un regard sur nous, qui sommes humblement prosternés devant votre autel. Nous sommes à vous et nous voulons être à vous ; et, afin de vous être plus étroitement unis, voici que, en ce jour, chacun de nous se consacre spontanément à votre Sacré-Cœur.
Beaucoup ne vous ont jamais connu, beaucoup ont méprisé vos commandements et vous ont renié. Miséricordieux Jésus, ayez pitié des uns et des autres, et ramenez-les tous à votre Sacré-Cœur.

Seigneur, soyez le Roi, non seulement des fidèles qui ne se sont jamais éloignés de vous, mais aussi des enfants prodigues qui vous ont abandonné ; faites qu’ils rentrent bientôt dans la maison paternelle, pour qu’ils ne périssent pas de misère et de faim. — Soyez le Roi de ceux qui vivent dans l’erreur ou que la discorde a séparés de vous ; ramenez-les au port de la vérité et à l’unité de la foi, afin que bientôt il n’y ait plus qu’un seul troupeau et qu’un seul pasteur. — Soyez le Roi de tous ceux qui sont encore égarés dans les ténèbres de l’idolâtrie  et ne refusez pas  de les attirer tous à la lumière de votre Royaume.

Regardez enfin avec miséricorde les enfants de ce peuple qui fut jadis votre préféré ; que sur eux aussi descende, mais aujourd’hui en baptême de vie et de rédemption, le Sang qu’autrefois ils appelaient sur leur têtes.
Accordez, Seigneur, à votre Eglise, une liberté sûre et sans entraves ; accordez à tous les peuples l’ordre et la paix ; faites que d’un pôle du monde à l’autre, une seule voix retentisse : «  Loué soit le divin Cœur, qui nous a acquis le salut ; à Lui, gloire et honneur dans tous les siècles ». Ainsi soit-il.

Apparitions de Notre Seigneur à Paray-le-Monial de décembre 1673 à juin 1675



Apparition de Notre Seigneur montrant
son cœur à soeur Marguerite-Marie Alacoque.

Apparitions de Notre Seigneur à Paray-le-Monial de décembre 1673 à juin 1675, abbé Louis PERON
En ce 27 décembre 1673, fête de Saint Jean l'évangéliste, au couvent de la Visitation, à Paray le Monial en France, Soeur Marguerite Marie est en adoration devant le Saint Sacrement.
 Seule avec son Sauveur caché sous les voiles de l'Hostie, elle converse avec Lui dans le silence de la prière.
Et voilà que dans cette modeste chapelle de couvent, Notre Seigneur va dévoiler à cette religieuse les trésors infinis de son Divin Coeur.
Notre Seigneur renouvelle pour elle l'épisode du Jeudi Saint, lorsque Saint Jean était affectueusement penché sur la poitrine de son Maître.
« Il me fit reposer longtemps sur sa divine poitrine, où Il me découvrit les merveilles de son Amour et les secrets inexplicables de son Sacré Coeur ».
Il lui montre d'abord celui-ci dans un trône tout de flammes, plus rayonnant qu'un soleil, portant la plaie ouverte par la lance du soldat, environné d'épines et surmonté de la Croix.
« Mon divin Coeur, lui dit-il, est si passionné d'amour pour les hommes et pour toi en particulier que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu'il les répande par ton moyen ».
Cette confidence que fait Jésus à celle qui deviendra Sainte Marguerite Marie est comme un grand cri d'amour pour les hommes. C'est un nouvel élan de son coeur pour arracher les âmes à l'empire de Satan et à l'abîme de perdition et leur procurer des grâces de salut.
Puis le Christ prend le coeur de soeur Marguerite Marie, le plonge dans le sien et le replace, transformé et lumineux, dans la poitrine de la sainte. Après cette faveur mystique, la jeune visitandine demeurera plusieurs jours « comme embrasée et enivrée » et surtout comblée d'une immense plénitude de Dieu.
Cette première manifestation du Coeur de Jésus sera suivie de beaucoup d'autres. Seulement trois d'entre elles comporte un message de Dieu au monde. Elles peuvent être appelées pour cette raison « grandes apparitions ».
La deuxième eut lieu en 1674, à une date indéterminée, un premier vendredi du mois. Jésus se présenta à la sainte « tout éclatant de gloire avec ses cinq plaies brillant comme cinq soleils… Mais surtout sa poitrine ressem-blait à une fournaise… Il me découvrit son tout aimant et tout aimable Coeur qui était la source vive de ces flammes ».

Le Christ se plaint alors des froideurs et du rebus qu'ont les hommes à son égard « pour tous mes empressements à leur faire du bien ».
Et il supplia la sainte:
« toi, du moins, donne-moi ce plaisir de suppléer à leurs ingratitudes autant que tu pourras en être capable ».
Il lui demande alors la communion fréquente, celle notamment des premiers vendredis du mois et aussi l'exercice de « l'Heure Sainte » chaque jeudi, de onze heure à minuit, en s'unissant à son agonie au jardin des oliviers, dans le but de prier, souffrir et demander pardon pour les péchés du monde.
Concernant la communion des premiers vendredis du mois, Notre Seigneur fit cette promesse en mai 1688:
« Je promets, dans l'excessive miséricorde de mon Coeur, d'accorder à tous ceux qui communieront neuf premiers vendredis du mois consécutifs, la grâce de la pénitence finale, ne mourant point dans ma disgrâce et sans recevoir les sacrements. Mon divin Coeur se rendant asile assuré au dernier moment ».
La troisième grande apparition eut lieu en Juin 1675 durant l'octave de la Fête-Dieu. Jésus découvre alors son Coeur à la sainte:
« Voilà, dit-il, ce Coeur qui a tant aimé les hommes, qu'Il n'a rien épargné pour leur témoigner son amour; et au lieu de reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, de l'indifférence et même du mépris dans ce sacrement d'amour (il s'agit du saint Sacrement qui était alors exposé) ».
Le Christ demande alors une fête spéciale de son Coeur, incluant une «réparation d'honneur » pour compenser tous les outrages qu'Il reçoit dans l'Eucharistie.
Pour nous convaincre de la nécessité d'être nous aussi des dévots au Sacré Coeur de Jésus, écoutons cet appel vibrant de Sainte Marguerite Marie:
« L'adorable Coeur de Jésus veut établir son règne d'amour dans tous les coeurs, détruire et ruiner celui de Satan. (L.118) Tel est le dernier effort de son amour pour favoriser les hommes, en ces derniers siècles, de sa rédemption amoureuse (L.133) ».



Sainte Marguerite-Alacoque et le Sacré Coeur,
La dévotion au Sacré Coeur ne naît pas au XVIIe siècle : elle date des premiers commentaires des Pères de l'Eglise sur le Coeur transpercé de Notre Seigneur sur la croix, et se prolonge dans de nombreux écrits de mystiques et de saints comme saint Bonaventure, saint Bernard, sainte Mechtilde... Toutefois, elle va trouver un développement extraordinaire à partir des grâces spéciales accordées à une humble Visitandine de Bourgogne...
Marguerite Alacoque naît dans un petit hameau du Mâconnais le 22 juillet 1647. Elle est la fille d'un notaire royal qui meurt quelques années plus tard. Elle a pour marraine une noble dame des environs, Marguerite de Sainte Amour, qui prend en charge son éducation alors qu'elle n'a que quatre ou cinq ans. Très impressionnée par la découverte du couvent de la Visitation de Paray-le- Monial, où la fille de sa marraine est religieuse, Marguerite se sent si attirée dans son âme d'enfant par la vie religieuse qu'elle fait voeu de chasteté perpétuelle (sans trop savoir ce que cela signifie) un jour qu'elle assiste à la messe ! Placée chez les soeurs Urbanistes de Charolles, elle désire vivement la sainteté et fait sa première communion à dix ans. Mais en 1657, elle est frappée d'une maladie qui la cloue au lit pendant quatre ans. Elle finit par promettre à Notre-Dame d'entrer en religion si elle guérit. Et son voeu est exaucé...
La ferveur de sa reconnaissance ne tarde pas à retomber. Trop heureuse de recouvrer la santé, Marguerite se laisse aller aux divertissements. La Providence lui rappelle ses engagements... par des disputes familiales qui la font beaucoup souffrir. Elle ne trouve bientôt plus de réconfort qu'à l'église, devant le Saint- Sacrement. C'est là qu'elle reçoit les premières révélations intérieures : elle doit se donner pleinement à Dieu. A dix-huit ans, pressée par les siens de se marier, elle résiste en cherchant les amusements, jusqu'au jour où Notre- Seigneur lui apparaît ensanglanté par la flagellation, et l'accuse de ces mauvais traitements. N'est-elle pas en train d'oublier son voeu de chasteté ? C'est le basculement. Marguerite s'inflige de terribles pénitences, visite les malades et les pauvres, et annonce enfin à sa famille sa résolution d'entrer en religion.
Ce sera à la Visitation de Paray. Il faut encore bien des efforts pour vaincre les réticences de la famille, mais, avec l'aide d'un prédicateur capucin, Marguerite quitte son village le 20 juin 1671 pour n'y plus revenir...
L'ordre de la Visitation a été fondé par sainte Jeanne de Chantal, en 1610, avec l'aide de saint François de Sales. Grâce à la personnalité de ses fondateurs, il a connu un rapide développement. Au départ destiné à accueillir des veuves, l'ordre a fini par accepter des vocations de jeunes filles. Les religieuses sont d'abord contemplatives, mais accomplissent aussi des oeuvres de charité et s'occupent de l'éducation des jeunes filles.
La jeune postulante effraie d'emblée tout le couvent par ses mortifications, ses longues heures de prière à la chapelle, son absorption continuelle en Dieu. La Supérieure prévient : pas question d'accepter aux voeux une religieuse qui n'a pas les pieds sur terre ! Il faudra donc lutter sans cesse pour s'arracher à la contemplation, par obéissance : Marguerite combat si bien qu'elle fait ses voeux avec trois mois de retard, le 6 novembre 1672. La nouvelle supérieure, mise au fait de son cas spécial, veut éviter toute illusion, toute supercherie du démon. Le remède est simple : observance stricte de la règle. Craignant de se trouver entre deux feux, Marguerite s'en ouvre à son Epoux, qui lui répond :
« J'ajusterai mes grâces à l'esprit de ta règle, ainsi qu'à la volonté de tes supérieures et à ta faiblesse.»
Pas question de se sanctifier sans l'obéissance !
Les mois qui suivent sont emplis de révélations et de grâces extraordinaires. Soeur Marguerite-Marie reprend ses longues prières, immobile devant le Saint-Sacrement. Rien ne peut l'en tirer qu'un ordre de la Supérieure...
Le 27 décembre 1673, en la fête de saint Jean, l'Apôtre qui a reposé sur la poitrine du Maître, Soeur Marguerite- Marie reçoit de grandes lumières sur le Coeur de Jésus, plein d'amour pour les hommes et de tristesse pour ceux qui se perdent. Il demande qu'on l'honore « sous la figure de ce Coeur de chair », symbole de l'amour du Dieu-Homme pour l'humanité pécheresse, qui lui apparaît « comme dans un trône tout de feu et de flammes, plus brillant et plus rayonnant qu'un soleil et transparent comme un cristal. La plaie qu'il reçut sur la croix y paraissait visiblement. Il était environné d'une couronne d'épines qui signifiait les piqûres que nos péchés lui faisaient, et une croix au-dessus qui signifiait que, dès les premiers instants de son incarnation, c'est-à-dire dès lors que ce sacré Coeur fut formé, la croix y fut plantée...»
Une seconde vision, quelques mois plus tard, lui montre à nouveau Jésus présentant ses plaies et son Coeur enflammé. Il se plaint amèrement des ingratitudes des hommes, plus pénibles encore que les douleurs de la Passion. Pour réparer ces offenses, Il recommande la pratique de l'heure sainte : une heure d'adoration en présence du Très Saint Sacrement. Marguerite passe ces heures en union avec l'Agonie au Jardin des Oliviers : « C'est ici où j'ai le plus souffert qu'en tout le reste de ma Passion, me voyant dans un délaissement général du ciel et de la terre, chargé des péchés de tous les hommes ».
Mais la Supérieure, inquiète, demande que soient mises par écrit toutes les révélations reçues, afin d'être soumises au jugement de théologiens. Après les avis peu éclairés de plusieurs prêtres, qui plongent la Soeur dans une terrible crainte d'être victime d'illusions du démon, c'est le père Claude de la Colombière, de la Compagnie de Jésus, qui est chargé de cette tâche délicate. Il s'en acquittera avec zèle et compétence pendant quatre ans, et deviendra l'un des principaux propagateurs de la dévotion au Sacré Coeur. Il rassure la voyante, mais exige d'examiner toutes les révélations, dans lesquelles il ne trouve aucun point à corriger.

La « grande apparition » se situe en 1675. Devant le Saint- Sacrement, Marguerite voit à nouveau lui apparaître Jésus :
« Voici le Coeur qui a tant aimé les hommes qu'il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et, pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart d'entre eux que des ingratitudes. »
Le vendredi après l'octave du Saint- Sacrement devra être instituée une fête en l'honneur de son Coeur, marquée par une communion réparatrice et un grand esprit de repentir. De grandes grâces seront accordées à ceux qui participeront à cette fête.
De fait il existe déjà une messe du Sacré Coeur, que saint Jean Eudes fait célébrer dans ses communautés dès 1672, mais il faut du temps pour que l'Eglise l'introduise dans le calendrier. La fête du Sacré Coeur est instituée en 1765, et elle n'est obligatoire au calendrier universel qu'en 1856.
Soeur Marguerite aura de nombreuses apparitions du Sacré Coeur, mais ce sont surtout ces trois grandes révélations qui confortent la dévotion.
Le reste de la vie de sainte Marguerite est consacré à l'immolation pour l'Epoux divin. Elle enchaîne les tâches dures et ingrates sans jamais se plaindre, doit faire face à la sévérité des supérieures successives, toujours décidées à garder les limites de la règle, mais doit aussi subir l'hostilité des religieuses qui parfois jalousent ses grâces mystiques, l'accusent de simulation ou de folie...
A l'infirmerie, avec les pensionnaires du couvent, dans la maladie ou la santé, Marguerite se sanctifie et offre ses souffrances en réparation pour la tiédeur de ses consoeurs. A partir de 1682 elle accepte de souffrir également pour les âmes du Purgatoire.
En 1684, la nouvelle Supérieure la prend pour assistante. Soeur Marguerite écrit à l'ancienne qu'elle regrette les humiliations qui lui étaient jusqu'alors infligées ! Elle devient également maîtresse des novices... à la demande pressante de ces dernières. La ferveur du couvent tout entier en est bientôt renouvelée. Peu à peu la dévotion se répand dans les couvents de la Visitation, avec le soutien des anciennes supérieures qui ont pu éprouver l'humilité et la docilité de la voyante. Consécrations, recueils de prières, heures saintes, se multiplient. Les Jésuites, grâce au Père de la Colombière, se lancent eux aussi dans cet apostolat.
En 1686, Mère Marguerite-Marie est obligée de renoncer à son emploi en raison de son état de santé déplorable et de se consacrer à des tâches moins difficiles. En 1690, elle sent la mort arriver et commence une retraite extraordinaire de quarante jours. En octobre, elle s'alite et réclame bientôt le viatique et l'extrême-onction. Le 17 octobre, elle rend son âme à Dieu.

La mort héroïque de saint Maximilien Kolbe




Vous étiez prisonnier au camp de concentration d’Auschwitz pendant cinq ans. Vous avez connu personnellement St. Maximilien Maria Kolbe là-bas. Quelle fut l’importance pour vous et les autres prisonniers de la présence de ce moine parmi vous ?
Tous les prisonniers envoyés à Auschwitz étaient accueillis par les mêmes mots : « vous n’êtes pas à un sanatorium mais à un camp de concentration allemand duquel il n’y a aucune autre sortie que par la cheminée. Les Juifs peuvent vivre pendant deux semaines, les prêtres survivent un mois et le reste vit trois mois. Ceux  à qui ça ne plait pas peuvent tout de suite aller au grillage ». Cela voulait dire qu’ils pouvaient être tués car ils faisaient passer un courant à haute-tension sans arrêt dans les grillages qui entouraient le camp. Ces mots dès le départ enlevaient aux prisonniers tout espoir. J’ai reçu une grâce incroyable à Auschwitz, car je séjournais dans un bloc avec le Père Maximilien et je me tenais avec lui en rang au moment de la sélection pour la mort. Je fus témoin oculaire de son sacrifice héroïque qui m'a redonné l’espoir et aussi aux autres prisonniers.


- Quelles furent les circonstances de cet événement, du plus haut intérêt, qui pousse les gens à poser la question : pourquoi a-t-il fait cela, et au nom de quelles valeurs ?
Il y a 63 ans, le mardi 29 juillet 1941, à environ 1h de l’après-midi, juste après l’appel de la mi-journée, les sirènes se mirent à hurler. Plus de 100 décibels traversèrent le camp. Les prisonniers accomplissaient leurs tâches à la sueur de leur front. Les hurlements de sirène signifiaient une alerte, et l’alerte voulait dire qu’un prisonnier manquait à l’appel. Les SS firent immédiatement cesser le travail et commencèrent à escorter les prisonniers du camp vers l’appel pour vérifier le nombre de prisonniers. Pour nous qui travaillions sur la construction d’une usine à caoutchouc aux alentours, cela voulait dire une marche de sept kilomètres vers le camp. On nous poussa à aller plus vite.
L’appel mit en évidence une chose tragique : il manquait un prisonnier à l’appel, dans notre Bloc 14a. Quand je dis « dans notre bloc », je veux dire celui du Père Maximilien, Franciszek Gajowniczek, d’autres et le mien. C’était un message terrifiant. Tous les autres prisonniers furent relâchés et furent autorisés à se rendre à leurs blocs. On nous annonça la punition : rester au garde-à-vous sans couvre-chef, jour et nuit, sans manger. La nuit, il faisait très froid. Quand les SS avait une relève de la garde, nous nous regroupions telles des abeilles, ceux qui se tenaient au-dehors réchauffaient ceux qui se trouvaient au milieu et alors nous changions de position.
De nombreuses personnes âgées ne purent résister à la corvée de rester debout nuit et jour dans le froid. Nous espérions au moins qu’un petit peu de soleil nous réchaufferait. Le matin, l’officier allemand nous cria : « parce qu’un prisonnier s’est échappé et que vous ne l’en avez pas empêché ou arrêté, dix d’entre vous vont mourir de faim afin que les autres se souviennent que même les plus petites tentatives d'évasion ne seront pas tolérées. » La sélection débuta.

- Que se passe-t-il chez un homme quand il sait que c’est peut-être le dernier moment de sa vie? Quels sentiments accompagnaient les prisonniers qui purent entendre la sentence qui les condamnait à la mort?
Je préférerais m’épargner le souvenir des détails de ce moment terrible. Je dirai en gros à quoi ressemblait cette sélection. Le groupe entier se rendit au départ de la première ligne. Au-devant, deux pas devant nous, un capitaine allemand se tenait debout. Il vous regardait dans les yeux tel un vautour. Il mesurait chacun d’entre nous et ensuite levait sa main et disait, « Du! », ce qui veut dire « Toi ». Ce “Du!” voulait dire la mort par la faim, et il continuait ainsi. Les SS sortaient alors des rangs le pauvre prisonnier, notaient son numéro et le mettaient à part sous surveillance.
“Du!” semblait comme un marteau battant une commode vide. Tout le monde avait peur à chaque fois que le doigt bougeait. La colonne sous surveillance bougea de quelques pas en avant, afin que l’espace entre les rangs pût être inspecté et avec le rang suivant se formèrent des couloirs d'une largeur de trois ou quatre mètres. Le SS marchait dans ce couloir et disait encore: “Du! Du”. Nos cœurs faisaient un bruit sourd. Avec ce bruit dans nos têtes, le sang montait à nos tempes et c’était comme si ce sang allait jaillir de nos nez, de nos oreilles et de nos yeux. C’était dramatique.

- Comment se comporta St. Maximilien pendant cette sélection?
Le Père Maximilien et moi-même étions dans la septième rangée. Il se tenait à ma gauche, deux ou trois amis peut-être nous séparaient de lui. Quand les rangées devant nous diminuèrent, une peur de plus en plus grande nous saisit. Je dois dire : peu importe la détermination ou la frayeur d'un homme ; aucune philosophie ne lui est alors utile. Heureux celui qui croit, qui est capable de se reposer sur quelqu’un, de demander à quelqu’un la miséricorde. J’ai prié la Mère de Dieu. Je dois l’avouer avec honnêteté : je n’avais alors jamais prié ni avant ni après avec tant de zèle.
Bien qu’on pouvait entendre encore « Du ! », la prière en moi me changea suffisamment pour que je me calme. Les gens ayant la foi n’étaient pas aussi effrayés. Ils étaient prêts à accepter en paix leur destin, presque en héros. C’était formidable. Les SS passèrent à côté de moi, me balayant des yeux et puis passèrent à côté du Père Maximilien. Franciszek Gajowniczek leur plut ; il se tenait à la fin de la rangée, et était un sergent de 41 ans de l’armée polonaise. Quand l’allemand dit « Du ! » et le montra du doigt, le pauvre homme s’exclama : « Jésus ! Marie ! Ma femme, mes enfants ! » Bien sûr, les SS ne prêtaient pas attention aux paroles des prisonniers et écrivaient juste leur numéro. Gajowniczek jura plus tard que s’il avait péri dans le bunker de la faim, il n’aurait pas su qu’une telle plainte, une telle supplique était venue de sa bouche. 

- La sélection terminée, est-ce que les prisonniers restants ressentaient du soulagement que la grande peur soit finie ?
La sélection prit fin, dix prisonniers ayant été choisis. C’était leur ultime appel. Quant à nous, nous pensions que ce cauchemar debout allait prendre fin : nous avions mal à la tête, nous voulions manger, nos jambes étaient enflées. Soudain, une agitation débuta dans ma rangée. Nous nous tenions à intervalle de la longueur de nos sabots quand tout à coup quelqu’un commença à avancer entre les prisonniers. C’était le Père Maximilien.
Il avançait à petits pas, car personne ne pouvait faire de grands pas avec des sabots, car il fallait retrousser ses orteils pour empêcher les sabots de tomber. Il se dirigeait tout droit vers le groupe de SS, qui se tenait près de la première rangée de prisonniers. Tout le monde tremblait, car il s’agissait de la transgression d’une des règles les plus importantes, ce qui voulait dire un châtiment brutal à la clé. La sortie de la rangée voulait dire la mort. Les nouveaux prisonniers qui arrivaient dans le camp, ne sachant rien de cette interdiction étaient battus jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus travailler. Cela équivalait à aller au bunker de la faim.
Nous étions certains qu’ils tueraient le Père Maximilien avant qu’il parvienne jusqu’au bout. Mais quelque chose d’extraordinaire se produisit qui ne fut jamais observé dans l’histoire des sept cents camps de concentration du Troisième Reich. Il n’est jamais arrivé qu’un prisonnier de camp puisse quitter la rangée sans être puni. C’était quelque chose de si inimaginable pour les SS qu’ils restèrent interloqués. Ils se regardèrent les uns les autres sans savoir ce qu'il se passait.

- Que se passa-t-il ensuite ?
Le Père Maximilien marchait dans ses sabots et son uniforme rayé de prisonnier avec son bol sur le côté. Il ne marchait pas comme un mendiant, ni comme un héros. Il marchait comme un homme conscient de sa grande mission. Il se tenait calmement face aux officiers. Le commandant du camp retrouva finalement ses esprits. Furieux, il demande à son adjoint « Was will dieses Polnische Schwein?” ("Que veut ce porc de Polonais?"). Ils commencèrent à chercher le traducteur, mais il se trouva que le traducteur n’était pas nécessaire. Le Père Maximilien répondit calmement : « Ich will sterben für ihn » ("Je veux mourir a sa place"), montrant de sa main Gajowniczek qui se tenait à côté.
Les Allemands restèrent abasourdis, la bouche ouverte d’étonnement. Pour eux, les représentants de l'impiété du monde, il était incompréhensible que quelqu’un souhaite mourir pour un autre homme. Ils regardèrent le Père Maximilien d'un regard interrogateur : est-ce qu’il est devenu fou ? Peut-être n’avons-nous pas compris ce qu’il a dit ?
Finalement, la deuxième question arriva : « Wer bist du? » ("Qui es-tu ?"). Le Père Maximilien répondit : « Ich bin ein Polnischer Katolischer Priester » ("Je suis un prêtre catholique polonais"). Ici, le prisonnier confessa qu’il était polonais, donc qu'il venait de la nation qu’ils détestaient. De plus, il admettait qu’il était un homme du clergé. Pour les SS, le prêtre était une douleur de la conscience. Il est intéressant de noter que, dans ce dialogue, le Père Maximilien n’utilisa pas une seule fois le mot « s’il vous plait ». En parlant comme il l'avait fait, il avait brisé le pouvoir que les allemands avaient usurpé de droit de vie ou de mort et il les forçait à parler autrement. Il se comportait comme un diplomate expérimenté. Seulement, au lieu d’une queue de pie, d’une écharpe ou de décorations, il se présentait lui-même dans un costume de prison rayé, un bol et des sabots. Le silence mortifère régnait et chaque seconde semblait durer des siècles.
Finalement, quelque chose arriva, que ni les Allemands ni les prisonniers n’ont compris jusqu'à ce jour. Le capitaine SS se tourna vers le Père Maximilien et s’adressa à lui avec le « Sie » ("vous") de politesse et lui demanda : « Warum wollen Sie für ihn sterben ? » ("Pourquoi voulez-vous mourir à sa place ?")
Toutes les normes établies des SS s’effondraient. Un moment auparavant, il l’avait appelé le « porc de Polonais » et maintenant il se tournait vers lui et le vouvoyait. Les SS et les officiers ordinaires qui se tenaient près de lui n’étaient pas sûrs d’avoir bien entendu. Une seule fois, dans l’histoire des camps de concentration, un officier de haut-rang, auteur de meurtres de milliers de personnes, s’est ainsi adressé à un prisonnier de cette manière.
Le Père Maximilien répondit : « Er hat eine Frau und Kinder » ("Il a une femme et des enfants"). Ce qui est le résumé de tout le catéchisme. Il montrait à tous ce que la paternité et la famille voulaient dire. Il avait deux doctorats soutenus à Rome « summa cum laude » (la meilleure note possible), et était éditeur, missionnaire, enseignant académique de deux universités à Cracovie et Nagasaki. Il pensait que sa vie valait moins que la vie d’un père de famille ! Quelle formidable leçon de catéchisme !

- Comment l’officier réagit-il aux paroles du Père Maximilien ?
Tout le monde attendait de voir ce qui allait se passer ensuite. Le SS se savait le maître de la vie et de la mort. Il pouvait donner l’ordre de le battre très violemment pour avoir enfreint la règle strictement observée concernant le fait de sortir du rang. Et plus important encore, comment est-ce qu’un prisonnier osait prêcher la morale ?! L'officier pouvait faire condamner les deux à la mort par la faim. Après quelques secondes, le SS dit : « Gut » ("Bon"). Il était d’accord avec le Père Maximilien et admettait qu’il avait raison. Cela voulait dire que le bien avait gagné contre le mal, le mal absolu.
Il n’y a pas de plus grand mal que, par haine, de condamner un homme à périr de faim. Mais il n’y a pas non plus de plus grand bien que de donner sa propre vie pour un autre homme. Le bien absolu gagne. Je voudrais insister sur les réponses du Père Maximilien : on le questionne à trois reprises et par trois fois il répond avec concision et brièveté, usant de quatre mots. Le chiffre quatre dans la Bible signifie symboliquement l’homme tout entier.

- Quelle importance pour vous et les autres prisonniers restants d’avoir été témoins de tout ceci ?
Les Allemands laissèrent Gajowniczek retourner dans le rang et le Père Maximilien prendre sa place. Les condamnés devaient retirer leurs sabots parce qu’ils ne leur étaient plus d’aucune utilité. La porte du bunker de la faim était ouverte seulement pour en sortir les cadavres. Le Père Maximilien entra en dernier avec son binôme et il l’aida même à marcher. C’était comme ses propres obsèques avant sa mort. Devant le bloc, on leur dit de retirer leurs uniformes rayés et on jeta les prisonniers dans une cellule de huit mètres carrés. La lumière du jour filtrait à travers les trois barreaux de la fenêtre sur le sol froid, dur et humide et les murs noirs.
Un autre miracle arriva là-bas. Le Père Maximilien, bien qu’il respirait à l’aide d’un seul poumon, survécut aux autres prisonniers. Il demeura vivant dans la chambre de la mort pendant 386 heures. Tous les médecins reconnaîtront que c’est incroyable. Après cette agonie horrible, le bourreau dans un uniforme médical lui donna une injection mortelle. Mais il ne succomba pas non plus… Il durent le finir avec une deuxième injection. Il mourut la veille de l’Assomption de la Sainte Vierge Marie, Son Commandant-en-Chef. Il voulait travailler et mourir pour Marie l’Immaculée toute sa vie. Ce fut sa plus grande joie.

En référence à la première question, pouvez-vous s’il vous plaît développer : qu’est-ce que cette attitude extraordinaire du Père Maximilien (être délivré de la mort par la faim) signifia pour vous  ?
Le sacrifice du Père Maximilien inspira de nombreux travaux. Il renforça l’activité du groupe de résistance du camp, l’organisation souterraine des prisonniers et cela divisa le temps entre « l’avant » et « l’après » du sacrifice du Père Maximilien. De nombreux prisonniers ont survécu à leur passage au camp, grâce à l’existence et aux opérations de cette organisation. Quelques-uns d’entre nous reçurent de l'aide, deux sur cent. J’ai reçu cette grâce, vu que je suis l’un de ces deux. Franciszek Gajowniczek fut non seulement secouru mais vécut encore 54 ans.
Notre saint compagnon-prisonnier secourut, par-dessus tout, l’humanité en nous. Il était un guide spirituel dans le bunker de la faim, donna du soutien, dirigea les prières, pardonna les péchés et mena les mourants vers l’autre monde avec le signe de la Croix. Il renforça la foi et l’espoir en nous qui avons survécu à la sélection. Au milieu de cette destruction, cette terreur et le mal, il redonna l’espoir.


source :
http://laportelatine.org/international/activiteint/confrer/militia_immaculatae/militia_immaculatae_lettre_02_160726.php